Anatole de Baudot

Sarrebourg 1834-1915 Paris

 

Il serait tout à fait injuste de ne pas rendre hommage au créateur du Lycée, Monsieur Anatole de BAUDOT.

 

Son activité a été déterminée par la formation qu'il a reçue à l'École des Beaux-Arts auprès de l'architecte Henri LABROUSTE, Chef de l'École rationaliste (ou fonctionnaliste) dont la doctrine était qu'en architecture, notamment, la beauté de la forme résulte d'une appropriation exacte du bâtiment a son service utilitaire.

 

Élève préféré de VIOLLET-le-DUC, Anatole de BAUDOT en suivit d'abord l'enseignement avant de travailler à ses côtés ; c'est ainsi qu'il fut associé en 1867 aux travaux de restauration de la chapelle du château de Vincennes avant d'être nommé architecte du monument en 1871. Il gravit par la suite tous les échelons des "Monuments Historiques" : en 1872, VIOLLET-le-DUC le fait nommer rapporteur du Comité des Édifices Diocésains, service dont il deviendra ensuite l'architecte, en 1875, il est nommé Inspecteur des Édifices Diocésains puis en 1879, année de la mort de VIOLLET-le-DUC, il accède à la commission des Monuments Historiques et en devient Inspecteur Général en 1907. Comme VIOLLET-le-DUC, Anatole de BAUDOT aura une activité multiple : il s'occupera de restauration - il travaille à la restauration de la Cathédrale de CLERMONT avec VIOLLET-le-DUC - il participera à l'enseignement, devenant en 1887 titulaire de la nouvelle chaire d'architecture française du Moyen Âge et de la Renaissance, chaire qu'il occupera jusqu'en 1914, il sera, enfin, constructeur.

 

Baudot et l'architecture scolaire.

Jusqu'au Second Empire, la plupart des établissements scolaires occupent d'anciens bâtiments transformés à des fins d'enseignement.

 

Quand des structures neuves sont réalisées, elles sont souvent bâties en dépit du bon sens. A partir de 1858, l'État exige des plans pour toute construction de maison d'école. Il faudra attendre 1880 pour que soient conçues des constructions scolaires spécialement étudiées. La voie en avait été tracée dans les grandes villes qui confiaient déjà depuis quelques années leurs constructions à des architectes chevronnés tels que Boileau, Le coeur, l'Heureux, Narjoux, Train et Vaudremer. En subventionnant et en réglementant les constructions, Jules Ferry apporte un élan décisif à l'équipement scolaire. Durant l'été 1880, le ministère met en place un comité des bâtiments scolaires et publie un " règlement pour la construction et l'ameublement des maisons d'école ". Contrôlant l'ensemble des projets, le nouveau comité a un pouvoir étendu. Il comprend quatre architectes dont Train et Narjoux déjà cités.

 

Anatole de Baudot est très proche de ce groupe d'architectes rationalistes par ses idées et aussi par ses fonctions aux Directions des Cultes et des Beaux Arts rattachés au ministère de l'instruction Publique. Il écrit à propos des constructions scolaires " qu'une grande erreur est de croire qu'en donnant un programme précis, en exigeant rigoureusement certaines dispositions, une administration entrave la liberté de l'artiste et le gêne dans sa recherche de la solution ". Dès 1880, il expose un premier projet de lycée au Salon. D'un nombre limité, ses réalisations scolaires seront néanmoins très remarquées, exposées et publiées. En 1881, il dessine en même temps les lycées de Sceaux et de Tulle où l'hygiène architecturale, la sécurité et la polychromie sont particulièrement étudiées.

 

Le Lycée de Tulle fut commandé à Anatole de Baudot en 1881 sous l'administration municipale d'Edouard Charain, Maire et avocat. Plusieurs motifs ont pu contribuer à l'attribution de cette demande, parmi lesquels la réputation de l'architecte, son travail en Corrèze depuis 1876 et ses relations au Ministère de l'instruction Publique qui venait de refuser l'avant projet de M. Champ, architecte de la ville. Des contingences locales ont amené au choix d'un terrain d'implantation sur la colline dite de la Croix-Rouge qui surplombe la vieille ville encaissée le long de la Corrèze. Cet emplacement plaît à l'architecte. L'étude du projet est réalisée durant l'été 1881.

 

L'arrêté d'utilité publique est obtenu en mars 1883, débloquant très rapidement le début des travaux. La construction de la voie d'accès est de réalisation difficile ; elle sera retardée par plusieurs glissements de terrain. Les premiers mois d'approvisionnement du chantier du Lycée se font par le faubourg de la Barrière qui est relié à la Croix-Rouge par un raidillon. Après trois ans de construction le Lycée est réceptionné le 29 septembre 1887 et ouvert aux élèves le 1er octobre, c'est-à-dire sans aucun retard. La réalisation du Lycée de Tulle est très proche de celle des grands édifices scolaires de l'époque. Elle s'en distingue toutefois par le soin accordé par l'architecte à tous les niveaux de la conception.

 

De Baudot a choisi la polychromie pour égayer un espace que la seule application des normes aurait rendu austère : pierres calcaires, enduits clairs, briques ordinaires et vernissées forment une palette de couleurs bien localisées. Le langage architectural reste simple, presque entièrement dégagé des références gothiques encore à la mode.
 

Il apporte à l'hygiène une série de solutions, sinon nouvelles, du moins parfaitement conçues. L'éclairage naturel et la ventilation des salles sur deux côtés, le dessin de tout le mobilier sanitaire, le chauffage central en font une réalisation techniquement avancée. Certains planchers coupe-feu en poutrelles et voutins, des escaliers en pierres de Volvic complètent les dispositions pour la sécurité contre l'incendie. L'aspect fonctionnel est partout présent, notamment dans ces cloisons escamotables qui permettent une grande salle réunissant gymnase et chapelle.

 

Les contemporains de la construction y ont tous remarqué le plus beau et le plus moderne bâtiment de la ville, allant jusqu'à comparer le Lycée à la Tour Eiffel en construction ! Certains notent toutefois que ses bâtiments tranchent fortement avec l'architecture des immeubles de la vieille ville.

 

Aujourd'hui, le Lycée a été conservé pour l'essentiel dans ses extérieurs.

 

Mais il reste peu des aménagements intérieurs ; la chapelle-gymnase et la salle des manipulations de chimie ont été détruites. L'expérience Corrézienne d'Anatole de BAUDOT s'acheva avec la construction du théâtre de TULLE et 25 ans consacrés au département de la Corrèze.

 

 
 
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